La martialité de votre style vestimentaire [2/2]


Tamaki sensei prêt à dégainer son sabre

Dans la première partie, nous avons vu qu’une de mes grandes erreurs de débutant, a été d’acheter tout et n’importe quoi.

Cela m’a amené à avoir une garde-robe riche en nombre mais pauvre en optimisation de port.

Et je me suis rendu compte que c’était la synergie entre les pièces qui comptait le plus - le nombre de pièces différentes n’étant pas forcément important.

Ceci dit, même si ce paramètre est primordial, il reste insuffisant. 

Mais alors, que faut-il d’autre pour que votre style vestimentaire fonctionne et soit vraiment martial ?

Pour comprendre cela, il faut penser à...

 

L’interaction avec son environnement

Je vous l’ai déjà dit dans cet article, mon style a transité du casual chic vers du tailoring pur assez tard dans mon parcours vestimentaire. 

Ce n’est que tardivement, quand je suis rentré dans la vie professionnelle que j’ai fait la bascule complète - l'accès à un salaire aidant bien évidemment.

Et d’ailleurs, cela n’a pas été sans encombre...

Je vous rappelle que je suis ingénieur chimiste et que mon travail c’est de développer des produits de santé. Je suis sensé être un rat de laboratoire - c’est-à-dire un mec qui porte du jean avec un sweat à capuche et des sneakers.

Cela fait peut-être un peu cliché mais la réalité n’est pas loin. 

Autant vous dire que la toute première fois où je suis arrivé en costume au bureau (un costume droit simple à flanelle gris moyen), j’ai littéralement choqué mon environnement. 

Les plus discrets ne disaient rien ou plutôt n’osaient rien dire - ils n'étaient pas prêts.

Les plus taquins m’ont sortis le fameux :

“Hé mais tu vas à un mariage ?”

Grand classique. 

Je suis certain que si vous êtes passionnés par l’art tailleur, vous avez déjà vu ou vécu cette scène.

Il ne faut pas leur en vouloir. 

L’être humain a besoin de classer les éléments de son environnement, cela lui donne des repères pour ne pas se perdre - cela le rassure.

Le style vestimentaire aide à classer d’ailleurs.

Si jadis, tous les hommes portaient le costume au quotidien, aujourd’hui c’est clivant de porter un costume si l’on exerce pas un métier qui y est rattaché (avocat, notaire, banquier, chef d’entreprise…) - et donc les autres vont classeront.

J'ai beau avoir fort caractère (bon ok, parfois je suis vraiment une tête de con, mais passons), à l’époque j’attachais encore beaucoup trop d’importance à l’avis des autres.

J’ai donc eu peur de porter le costume au bureau, par crainte de trop choquer mon environnement.

Avec le recul, je pense savoir ce qui clochait :

 

S’il te plaît, dessine moi un couil... mouton

Comme beaucoup d’êtres humains, je n’ai jamais vraiment apprécié le fait d'être rejeté. 

C’est parce que l’on n’aime pas être rejeté que nous développons une aptitude  à suivre comme un couil... mouton.

C’est difficile de choisir de faire partie de la minorité car quelque part, cela heurte d’être singulier voire quasiment seul dans une voie.

C’est bien moins contraignant de suivre le mouvement de foule, car on se sent moins seul, c’est réconfortant.

Ceci dit, le mimétisme n’est pas forcément mauvais car c’est aussi grâce à lui que nous pouvons apprendre des choses:

  • Comment se comporter,
  • Respecter distance sociale pour ne pas envahir l’autre,
  • Se tenir à table,
  • Parler correctement en société...

Aussi, je vous rappelle que l'humain est un animal.

Un animal ultra-social certes, mais un animal quand même. En ce sens, nous ne sommes pas si différents du tigre par exemple. 

N'avez vous pas remarqué comment les bébés tigres jouent ensemble en se chassant mutuellement ?

Ils imitent leur mère qui chasse, c'est ainsi qu'ils apprennent. Plus tard, c'est cette phase d'apprentissage qui leur permettra de chasser à leur tour pour survivre.

Donc pour en revenir au couil... mouton.

Celui-ci n'est pas un mouton dans l'absolu.

C'est un mouton de manière relative.

Pour en revenir à mon cas, prendre conscience de mon mimétisme et de ma peur, c’était...

 

Le premier pas vers la martialité

A un moment donné, j’en avais marre de refouler cela au fond de moi : j’avais envie de porter du costume, de la chemise, de la cravate et des souliers - alors je l’ai fait

Je me suis mis à porter régulièrement du costume et j’ai commencé à vraiment construire une garde-robe axée sur le tailoring.

C’est devenu tellement récurrent de me voir porter le costume que mon environnement professionnel a fini par ne plus émettre de commentaires taquins, mais a commencé à me faire des compliments.

C’est devenu si naturel chez moi que mon environnement s’y est habitué et l’a accepté (mon style).

Mais pourquoi ?

Tout simplement parce qu’à partir du moment où le port du costume n’est plus un événement isolé mais plutôt une répétition devenue habitude, votre environnement s’y sera adapté.

Ce style fait parti de vous et/ou est une extension de vous. 

Mais vous savez, le costume a un pouvoir extrêmement fort, qu'on oublie parfois. Je vais vous raconter une anecdote qui le prouve.

Je travaille dans l'industrie pharmaceutique et l'entreprise qui m'emploie étudiait la faisabilité d'un projet en collaboration avec un mastodonte de l'industrie cosmétique.

Comme je suis ingénieur développeur, c'était à moi que revenait la tâche d'échanger avec eux sur les points techniques liés au projet. Cela se faisait essentiellement par voie électronique.

Un jour, les deux acteurs décident d'organiser une réunion en présentielle pour que les deux équipes se rencontrent et négocier les conditions. J'étais en avance par rapport à mes collègues, alors je suis rentré dans la salle de réunion de nos locaux.

Quand j'ouvrais la porte, l'équipe cosmétique était déjà installée. Un homme se leva pour venir à ma rencontre, il me tendit la main et dit :

"Bonjour Didier, ravi de faire votre connaissance !"

Didier est le chef produit marketing de mon entreprise. Il m'avait confondu avec lui, car je portais un costume en flanelle à rayures, une chemise en denim Gyappu, et une paire de belgian loafers (oui j'aime ça).

Je lui ai répondu en rigolant que je n'étais que l'ingénieur, cela l'a fait rire et il avait un air aussi décontenancé.

Pourquoi ?

Parce que s'habiller en tailoring, produit cet effet. Et parfois, comme ici, le style vestimentaire est tellement martial, qu'il en est TROP efficace - cela vous donne du pouvoir.

Au final, à conditions que votre style ne soit pas provocateur, disproportionné, tapageur, je pense qu’il est sain d’oser exprimer son style.

C’est d’ailleurs ce qui manquait pour développer un style vestimentaire efficace.

A partir du moment où vous arrivez à assumer de manière intelligente vos envies, et que vous les exprimez stylistiquement en pensant à la synergie entre les pièces, vous êtes en train de développer un style (vraiment) efficace.

Ce que vous faites commence à fonctionner tout seul.

Votre style prend alors pleine possession... de sa martialité.

Chemise à col boutonné et Kihon III


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