L’AÏKIDO A PIMPÉ MON TAILORING


Quand j'avais 6 ans, ma mère ne voulait pas que je glande le mercredi après-midi quand il n'y avait pas école. Alors elle m'a inscrit à un cours de karaté (Shotokan). Je ne comprenais pas pourquoi je devais y aller, et fidèle à moi-même, je l'inondais de questions (habitude que j'ai toujours à ce jour), elle me répondit : "Tu comprendras quand tu seras plus grand".
Je ne me rendais pas compte du cadeau que ma mère me faisait en me poussant dans le monde des arts martiaux. A l'époque, je râlais et je me demandais surtout pourquoi je devais porter cette espèce de pyjama blanc pour aller faire "du sport". Mais comme j'étais aussi un petit garçon très obéissant et sage, j'ai fait ce que ma mère me demandait. C'est ainsi qu'au cours de ma jeune existence, je suis passé du karaté en école primaire vers la boxe anglaise au lycée, puis vers le jiujitsu brésilien à l'université, pour finir sur des tatamis de dojos d'aïkido quand j'étais déjà bien entré dans la vie active.
L'école d'aïkido que j'ai suivie est le Kishinkai. Elle a été cofondée par quatre senseis : Léo Tamaki, Issei Tamaki, Tanguy Levourch et Julien Coup. J'ai rencontré ces experts la même année puisque m'étant très vite pris d'affection pour la pratique, je me rendais régulièrement à leurs stages les weekends. 
L'aïkido est rentré dans ma vie il y a un peu plus de trois ans à l'heure où j'écris ces lignes. Si je souhaite en parler, c'est pour une bonne raison : l'aïkido a pimpé mon tailoring.
Oui, vous avez bien lu, un art martial a bien nourri mon style tailleur personnel. Je vous propose un retour en arrière au cœur de ce processus.
Vous y apprendrez :
  • Comment Lejeune sensei a doublé mon rendement d'apprentissage (en 10 secondes)
  • Comment Ikkyo m'a fait aimer à nouveau le costume bleu
  • Que le niveau supérieur de l'efficacité, c'est faire plus... avec moins

Je ne cesse de dire qu'il est possible de faire des ponts entre les disciplines, et de les mixer. Et je vais vous montrer comment faire ici avec un exemple.

Doubler le rendement d'apprentissage (en 10 secondes)

On est un lundi soir en hiver 2017. Mes Chelsea boots sont remplies de neige quand je pousse les portes du dojo de Lejeune sensei pour la première fois. Il m'avait gracieusement prêté un dogi pour que je puisse pratiquer en attendant d'en acheter un moi-même.
Je me rappelais toujours de l'impression que j'ai eu quand je suis monté sur ses tatamis, c'est comme si je rentrais dans une autre dimension à l'écart du monde. Pour être plus clair, dans le monde extérieur moderne j'entends aux informations que des mauvaises nouvelles (des guerres, des attentats, des crises financières...) mais dans ce petit dojo, sur ces tatamis, j'y ai vu un endroit où il y avait encore de la noblesse et de la dignité.
Le cours commence, j'essaye de suivre et quand Lejeune sensei se mit à pratiquer avec moi, il m'a offert quelque chose.
Il me demande de l'attaquer en yokomen (coup circulaire, apparenté à un crochet). Je m’exécute et au moins où mon poing arrive devant son visage, il l'attrape comme si de rien n'était, et me le renvoie gentiment en me disant :
"Tu n'avais pas envie de me toucher. Tu n'attaques pas vraiment. Sois plus franc."
Complètement dérouté, ce n'est qu'après que j'ai compris. Si je n'attaquais pas vraiment, alors je mimais quelque chose sans le fond (l'envie de toucher le partenaire avec ma frappe). En faisant que mimer, il est possible de progresser mais vous serez vite limités. Alors qu'en attaquant franchement, la technique exécuté dessus par votre partenaire aura du sens (et ça change tout). Cela vous mettra dans une position délicate... Mais vous apprendrez aussi deux fois plus vite.
Cette leçon d'engagement fait écho à tout dans la vie, y compris dans mon style personnel, car j'avais un style assez casual-chic avant, je mixais des pièces tailleurs de temps en temps, sans y aller franchement, sans avoir investi pleinement le casual ou l'art tailleur. J'avais peur d'être trop de l'un ou trop de l'autre.
En fait, j'étais ni vraiment l'un, ni vraiment l'autre, j'étais dispersé et ma progression était divisée par deux.
Alors petit à petit, j'ai glissé vers le tailoring "pur", au point où je porte le costume quasiment tous les jours aujourd'hui. Ce conseil donné en 10 secondes, recommandant d'être vraiment engagé dans ce que je faisais, a fait doubler mon rendement d'apprentissage.

Aimer à nouveau le costume bleu grâce à Ikkyo

Lejeune sensei et mon sempai Adrien Crovato
Crédits photo : Tommy Van Den Berge
Toute personne qui a pratiqué un tant soit peu l'aïkido sait qu'on ne peut échapper à l'apprentissage de ikkyo, le premier principe (qui est schématiquement un contrôle du bras suivi d'une immobilisation au sol). Je n'ai pas échappé à cela, même si je l'avoue, je trouvais ça ennuyeux comparé à d'autres techniques que j'avais pu voir dans des vidéos. Mais soit, je me disais qu'une fois cette base vite comprise, je pourrai m'en détacher (et j'avais tort).
De stages en stages, de mois en mois, je découvrais d'autres techniques du répertoire de l'école, et j'y prenais beaucoup plaisir car c'était très riche. Mais un jour, alors que je pliais mon hakama, je parlais avec Lejeune sensei et disais que cette nouvelle technique qu'on venait de travailler était la plus difficile à faire. Lejeune sensei souria, et du haut de ses 25 années de pratique il me dit : 
"Ah... Moi je trouve que le plus difficile, c'est faire ikkyo."
Hein ?!
Cette première technique que j'avais faite à mon premier cours, qu'on a revu et revu, dont je connais le mécanisme de base, c'est ça le plus difficile ?
En réalité, il avait encore raison...
Faire le plus simple parfaitement, c'est ça le plus difficile ! Et c'est pour cela que même des décennies de pratique derrière eux, les grands maîtres continuent de retravailler ikkyo. Mais vous allez me dire : quel est le rapport avec le tailoring ? ^^
Hé bien... A peu près tout. Le tailoring possède lui aussi son répertoire technique de formes archétypiques. L'erreur commune quand on se passionne pour l'art tailleur, c'est de vouloir partir dans tous les sens, à essayer plein de couleurs, de motifs, plein d'assemblages différents... Bref, en faire trop et s'éparpiller.
Or revenir aux fondamentaux, les retravailler, les raffiner, c'est travailler une forme puissante d'efficacité. La preuve étant que les icônes de style masculin d'hier comme d'aujourd'hui, tous (sans exception) réinterprètent encore et encore le costume bleu, le costume gris, le pantalon dépareillé gris, le blazer bleu marine à boutons dorés...
Mais pourquoi ?
La réponse est très simple : cela fonctionne pour créer une élégance vestimentaire. Cela a fait ses preuves, ces formes ont une efficacité intemporelle.
Et c'est ainsi que Ikkyo m'a fait aimer à nouveau le classicisme presque ennuyeux du costume bleu. 

Faire plus... avec moins

"L'autre nom de l'aïkido au Japon, c'est le zen en mouvement"

Tamaki sensei

Crédits photo Laurent Sikirdji
Cette dernière leçon vient en complément de la précédente. Et c'est Tamaki sensei qui me l'a offerte.
Cela nous renvoie tout juste un mois après mon premier cours où j'ai fait sa rencontre à Amsterdam, comme je l'expliquais en introduction de son interview. (D'ailleurs, j'espère ne pas avoir dit de bêtises dans cet article, car sinon je vais me faire tirer les oreilles... ^^')
Passer dans ses mains, c'est quand même quelque chose. Pour la première fois de ma vie, j'ai pu observer de près la mise en application de ce système martial poussé à un niveau d'excellence. Evidemment, ce qu'il faisait fonctionnait, et la finesse de sa recherche me fascinait.
Mais vous savez ce qui m'a le plus étonné ?
Tamaki sensei bouge peu.
Je ne suis pas en train de dire qu'il ne fait rien, ni qu'il arrivait à me projeter par magie. Non. Ce que je veux dire, c'est qu'il arrive à être extrêmement efficace sans avoir besoin d'en faire trop. N'est-ce pas là ce vers quoi doit tendre la pratique de l'étudiant avancé ? Chercher l'économie de mouvement.
En dehors des tatamis, cela a beaucoup influencé mon style vestimentaire. Avec le temps, je vois les tentatives de complexification de style par un nombre croissant d’accessoires, de couleurs fantaisies, comme l'équivalent des mouvements parasites d'un jeune bushi qui ne maitrise pas encore ce qu'il fait. Je suis même certain de moi lorsque j'affirme qu'il est possible de créer un style complexe et fort avec peu de pièces dans son armoire. C'est humain de penser qu'on doit rajouter des éléments pour créer de la complexité, mais à trop le faire, on sous-estime le potentiel (pourtant immense) des pièces déjà contenues dans une garde-robe.
Acheter moins de pièces, mais les bonnes pièces, celles que l'on aime vraiment et que l'on portera longtemps. Exploiter au maximum leur transversalité, c'est expérimenter le niveau d'efficacité supérieur de notre propre style.

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