CONFESSIONS D'UN GAIJIN


ll m'est difficile d'écrire sur moi-même, sans doute par pudeur. Mais c'est l'occasion de vous livrer un peu de moi-même, vous comprendrez mieux le processus personnel qui m'a mené à Gyappu.

LA STRUCTURE QUI RELIE

Je suis né et ai grandi à Madagascar dans une famille d'origine chinoise. Empreint de culture chinoise à la maison, malgache avec les copains, et française à l'école, très vite la souplesse d'esprit n'apparaissait pas comme optionnelle mais nécessaire. Ces cultures étant très différentes les unes des autres et parfois contradictoires, il s'agissait de les concilier, de chercher cette structure qui les relie.

"Je n’ai jamais pu éliminer la contradiction intérieure. J’ai toujours senti que des vérités profondes, antagonistes les unes aux autres, étaient pour moi complémentaires, sans cesser d’être antagonistes. "

Edgar Morin

Pris en étau, cette configuration influence encore aujourd'hui ma relation au monde. C'est ce qui me pousse jour après jour à lutter contre la généralisation facile d’un côté et contre le relativisme paresseux de l’autre.

DE L'ALCHIMIE VERS L'ART TAILLEUR

La transparence étant mère de confiance, je ne vous cache pas que le microsome du vêtement ne fait pas parti de ma formation de base.
En effet, j'ai suivi un parcours de chimie à Montpellier, ce qui m'a permis de développer des produits dans l'industrie pharmaceutique.  Puis de ma propre initiative, je suis aussi allé me former à l'approche systémique de l'école de Palo Alto, au sein de l'institut Grégory Bateson.
C'est donc en tant que hobby que l’art tailleur est rentré dans ma vie. Ce n'était pas une nécessité professionnelle. D'abord timidement, par tâtonnement, pour ensuite culminer et se concentrer en passion. Ma passion est devenue si puissante que cela m'a poussé à lancer une marque. Celle que j’aurai aimée trouver moi-même, en tant que passionné.
L'élément tailleur comme une veste ou une cravate, peut vivre de sa propre fonction de vêtement mais je pense qu’à travers lui, les hommes apprennent à exercer leur goût, à préserver le sens raffiné de la communication, de l'étiquette et de la bienséance. C’est ce que j'aimerai que Gyappu soit pour vous.

DÉTOUR PAR LE JAPON

Mais alors d'où vient cette fascination pour la pensée japonaise ?
Je n'ai pas de réponse plus sincère à vous donner que celle-ci : séduit par elle, j'ai tout simplement eu envie d'aller à sa rencontre. 
Pas l'envie passagère, ni celle du simple divertissement, mais une envie profonde et sincère. Celle qui vous imprègne lentement et qui vous prend littéralement aux tripes. Partant de zéro, je voulais entrer dans cette pensée en allant plus loin que l'effleurage de sa surface.
Pour le faire en profondeur avec discipline, amour et dévotion, il faut franchir la clôture de notre propre pensée, sortir de nos évidences et partis pris, pour nous laisser désorienter par cette pensée étrangère : rentrer dans une culture qui n’est pas la nôtre, est un acte subversif.
Jour après jour, année après année, cela m'a mené à pratiquer des arts martiaux japonais, à dévorer tous les ouvrages qui ont croisé ma route, à me fasciner pour l'irezumi (tatouage traditionnel japonais), à rencontrer des sensei de disciplines diverses pour échanger.
Ce sont d'ailleurs des choses que je continue de faire "religieusement". C'est tellement long d'entrer au Japon, de lire tous ces textes et commentaires, qu'il serait prétentieux de dire que l'on a déjà fait tout le tour. 
De chaque escapade dans la pensée japonaise, je ramène un petit quelque chose. Pour être intéressant à étudier, ce petit quelque chose doit donc... déranger, troubler, décontenancer. 
C'est une manière radicale mais efficace pour penser autrement, et par là même un outil de fécondité à la conception d'un vêtement.

"Ce qui vient au monde pour ne rien troubler, ne mérite ni égards, ni patience."

René Char

Au fond, le vêtement n'est finalement que la meilleure excuse que j’ai trouvée pour vous parler d'autre chose. 
Chaque vêtement que je conçois est un bagage. Or tout bagage n’existe que pour le voyage. C’est ce voyage que je vous invite à faire ensemble, celui qui dépayse la pensée.

Thibaut RANJANORO 


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