L’ART ET LA POÉSIE DE LA CHEMISE - ACTE I


Art et poésie de la chemise : Acte I

A - L'art comme mode de vie

1) L'esthétique va de soi

Si il y a un domaine où le peuple japonais excelle, c'est bien l'artisanat. Dans leur recherche de raffinement, la grande force de leur artisanat est probablement cette absence de frontière entre l’utile et l’esthétique, entre la noblesse et la rusticité des matériaux

C'est sans doute cet aspect de l'artisanat japonais que le fondateur d'Apple, Steve Jobs, appréciait dans la porcelaine de Yukio Shakunaga. Il est d'ailleurs intéressant de noter qu'il y a une résonance assez forte entre l'esthétique des produits d'Apple et la porcelaine japonaise (on vous le dit juste comme ça, l’air de rien...).

Ce qui est très troublant, c'est qu'ils ne semblent pas l'avoir vraiment théorisé. Du moins pas comme en Occident, où nous avons énormément théorisé le Beau. La tradition helléniste a fait ériger des bibliothèques entières sur "Comment créer le Beau", sur les questions de proportions, sur le nombre d'or... 

En effet, le terme bigaku 美学qui veut dire "étude de l'esthétique" est entré dans la langue japonaise qu'en 1883, donc extrêmement tard dans l'histoire de l’archipel.  Le premier cours d'esthétique s’est d'ailleurs tenu à l’université de Tokyo en 1886 (dites-le lors d'un dîner mondain, ça fait toujours son petit effet).

Jusqu'alors au pays du soleil levant, l'esthétique était une chose qui allait de soi, et par conséquent elle pouvait se passer de mots. Donald Richie pointait cela du doigt dans son traité de l'esthétique :

« Seule nation à être devenue pragmatique en matière d’art, le Japon a présenté dans ses périodes d’homogénéité culturelle le spectacle, toujours surprenant, d’un peuple qui, de la façon la plus naturelle, a fait de l’art un mode de vie. »

2) Insuffler le sacré dans le geste commun

L'esthétique du quotidien est ritualisée au Japon. Il existe une procédure bien précise pour chaque chose, guidée par la recherche d’une harmonie du geste.

La cérémonie du thé (chanoyu 茶の湯) est un excellent exemple de cette recherche. 

Servir du thé relève du commun mais au Japon, ce geste a été ritualisé et en a découlé une discipline/un art, (chadō 茶道 - Voie du thé). Il revient à Sen no Rikyû d'avoir simplifié et conceptualisé la cérémonie du thé. 

Des matériaux bruts pour les ustensiles, un espace réduit à l'essentiel, le crépitement des braises, l'odeur du thé, la température de la pierre, le rythme que choisit le sensei... Rien n'est laissé au hasard, chaque étape est disséquée jusqu'au moindre petit détail avec une précision chirurgicale. En particulier les étapes "à la marge", celles que l'on met habituellement en second plan. Pour le peuple de l'archipel, il existe une dimension sacrée à ce geste devenu rituel. 

Art et poésie de la chemise : Acte I

Le chasen est un petit fouet en bambou, utilisé pour le thé matcha. Matériau rustique pour fonction noble. 

B - Un équilibre entre la rusticité et la noblesse

Cet attachement japonais à déceler l'art dans toutes les petites parcelles de l'existence, nous rappelle que la recherche d’esthétique ne s'arrête pas là où l'on a arrêté de la penser. Il est possible d’aller d’avantage en profondeur dans chaque petit recoin d’une discipline.

C’est ce que nous avons voulu faire avec nos chemises, la conception est animée par cette recherche d'harmonie du geste. 

1) La rusticité des tissus 

Nous avons choisis des tissus rustiques et inachevés, afin que cela soit à vous de finir l'histoire du tissu. Port après port, lavage après lavage, le tissu vieillira avec vous et s’ennoblira avec le temps.  

Ces trois tissus sont produits à Nishiwaki par une toute petite unité de production, sur des métiers à tisser traditionnels appelés shuttle looms. Ils sont tous selvedge (à bordure finie). 

Un chambray 100% coton teint sur fil à l'indigo naturel (150 g/m²). Les chambrays italiens sont très beaux et bien finis. A l'inverse ce qui nous touche dans les chambrays japonais, c'est la couche en moins de travail. Il y a une vraie volonté de respecter le travail de la nature et de conserver les bénéfices de la fibre de coton. 

Art et poésie de la chemise : Acte I

Art et poésie de la chemise : Acte I

Chambray en col cutaway  

Un twill à rayures 100% coton dont les fils constituant les rayures sont teints à l'indigo naturel (150 g/m²). La main de ce tissu est moelleuse, s'y lover est un enchantement. Par héritage shintoïste, le blanc est la couleur de pureté, et le blanc écru est considéré comme le plus pur car il vit avec le temps - comme le papier washi. 

Art et poésie de la chemise : Acte I

Art et poésie de la chemise : Acte I

Twill rayures en col semi-cutaway 

Un denim 100% coton dont les fils sont teints à l'indigo naturel (160 g/m²). La toile est assez rigide au début et s'adoucira avec les lavages. Ce tissu a un seul défaut... il est neuf. Marquez votre propre histoire dessus en le portant.

Art et poésie de la chemise : Acte I

Art et poésie de la chemise : Acte I

Denim en col boutonné 

2) La dimension sacrée de l'artisanat

Dans un monde allant à toute vitesse, où la tendance est de produire beaucoup, pas cher et très vite, nous sommes allés à contre-courant. Nous avons privilégié le chemin de la lenteur.

Nous sommes tournés vers un atelier en Inde qui défie le temps. Entre leurs mains expertes, la chemise devient poésie. Chez eux, chaque étape est investie en profondeur, particulièrement celles qui semblent évidentes et que l'on sous-estime. 

Or la dimension sacrée de l'artisanat réside autant dans ce qui se voit que dans ce qui ne se voit pas.

a) Patronnage et découpe faits à la main

Notre atelier n’utilise pas d’empilements de tissus en matelas, ni de découpe au laser ou à la scie électrique. Chaque morceau de la chemise est dessiné à la main directement sur le tissu, puis découpé individuellement aux ciseaux (d'ailleurs le responsable du département patronne des chemises depuis 46 ans). C'est une étape extrêmement sous-estimée.

Le fait d'individualiser cette étape permet :

  • une extrême précision sur chaque partie de la chemise alors que le découpage en masse peut donner deux chemises différentes sur une même taille ; 
  • un tout aussi précis raccord des motifs (ici des rayures) au niveau du col, de l'épaule, des poignets, des manches et des côtés.
  • enfin et pas des moindres, cela réduit au maximum la perte de tissu, quand la moyenne de perte des ateliers est à environ 2%, notre atelier n'en perds que 0.5%. Ce gain de tissu, vous le retrouvez dans la chemise finie.
b) Le repassage : grand oublié de la façon

Les cols et les poignets sont capitaux pour une chemise, ils doivent être résistants dans le temps et agréables à porter. Les nôtres sont thermocollés, et également faits individuellement à la main.

Il ne faut surtout pas diaboliser le thermocollage sur une chemise. Il existe une façon noble de l'exécuter, avec un thermocollant haut de gamme et lorsque le collage se fait individuellement avec un fer lourd (au moins 7 kg), sans avoir recours à une presse industrielle (les cols de chemises qui cloquent, sont ceux dont le thermocollage a été fait à la presse).

Entre chaque poste de fabrication, les parties de la chemise sont repassées au fer. Cela demande beaucoup plus de temps, mais cela apporte énormément d'harmonie à la chemise finale et cela renforce le contrôle qualité tout au long du process de fabrication du produit. 

Quand vous aurez une de nos chemises entre les mains, nous vous invitons à l'examiner en profondeur et sous toutes ses coutures. Vous prendrez conscience de cette harmonie et de la propreté de travail dont nous parlons.

c) Le mythe de la couture faite main 

Chaque pièce de la chemise (corps, manche, poignet...) est assemblée à une autre grâce à une machine à coudre. Privilégier une couture faite main à ces endroits, est une hérésie. (Les coutures de vos jeans, de vos maillots de bain, de parkas, sont faites à la machine. Et elles tiennent dans le temps.)

Ce qui compte dans une couture, c'est sa densité de piquage et son homogénéité. Les coutures de nos chemises présentent 10 points de couture par cm, homogènes et tellement fines que le fil parait invisible. Pour accentuer la finesse de la pièce, les coutures au niveau des manches et des côtés sont rabattues (coutures anglaises de 3 mm). 

Seule la couture de l'emmanchure au niveau de l’aisselle est faite à la main, car cela permet d’amener plus de tissu dans la tête de manche.  L'emmanchure est décalée pour donner de la liberté de mouvement au bras et facilite l'opération de repassage au quotidien.

Art et poésie de la chemise : Acte I

d) Des finitions

L’hirondelle de renfort est découpée et cousue à la main, pour renforcer les coutures sur les côtés.

Art et poésie de la chemise : Acte I

Les boutons sont dans la plus délicate des nacres, Mother of Pearl. Ils sont tous montés à la main en zampa di gallina et sur queue (le montage sur queue facilite l'opération de boutonnage, et augmente la tenue du bouton dans le temps).

Art et poésie de la chemise : Acte I

Art et poésie de la chemise : Acte I

Vous trouverez également 40 points par cm sur chaque boutonnière. La dernière boutonnière du devant est à l'horizontale, et celle des pattes capucins aussi pour limiter la tension lorsque vous retroussez les manches.

Art et poésie de la chemise : Acte I

Chaque chemise est le résultat d’un rituel artisanal de 12 heures. Elles seront disponibles ici.

Mais en passant, notre fondateur désire vous présenter personnellement une chemise un peu spéciale


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